| Meyrueis |
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Paris, le 6 décembre 2007 C’est hier, tout près de la rue Mouftart, que je me suis souvenu de tout. Surpris par la pluie glaciale Eline et moi nous étions engouffrés dans le petit bar surpeuplé mais il était trop tard, la garce avait déjà trempé nos vêtements et nos cœurs. << Je crois que j’ vais prendre un vin chaud, me dit Eline, >> Faisant ondoyer sa chevelure rousse, assombrie par la pluie, lui donnant l’air d’un spectre <<il fait tellement froid,...>> les murs noirs, les cils noirs, << Oui moi aussi…>> Dis-je, insouciant de choisir, tant cet incendie cadrait des yeux immenses, qui à eux seuls, possèdent plus de couleurs qu’il ne m’en faut pour peindre la lagune. Je choisis de regarder ailleurs. Déjà, là bas, au bout, du bar ; des éclats de dreadlocks dansent un instant entre les têtes brunes, puis se dirigent vers nous, révélant un visage jovial et serein. C’est Flore, semblable à elle-même, celle que j’attendais. Il y a sans doute un million de raisons pour lesquelles on ne peut pas oublier une petite femme comme elle, la première est qu’elle s’appelle Flore Million. Nous nous asseyons, après avoir évoqué le plaisir de nous retrouver. Tout en écoutant avec délice le son cristallin et les intonations méridionales de sa voix, je laisse petit à petit disparaître son sourire blanc de mon champ de vision et doucement, mon regard descend le long de dreads brunes nouées négligemment, qui laissent apparaître une peau claire. Entre le cou, délicat, et l’épaule généreuse jusque sur son bras tissé de noir se dessinent des sentiers oubliés, les grands espaces de la Lozère se réveillent en moi. Dans les mouvements de son corps, se raniment des sensations perdues, comme des bouffées d’air pur, des cheveux d’ange s’envolent par milliers au dessus de terres immenses et claires ; des troupeaux entiers de chèvres faméliques y marchent longtemps sous le soleil puis s’engouffrent par les plis de sa manche, dans des vallées encaissées le long de sentiers pierreux, où se révèle, pour boire enfin, une source sombre et l’eau limpide comme la lumière de l’ombre. Meyrueis, première étape de l’Atelier-roulant et quelle première étape ! Et des gueules, quelles gueules ! La Lozère c’est une région dure et rurale, où les habitants sont confrontés à la fois au dur labeur, et aux éléments féroces. Cà vous fait des gens affirmés, des têtes bien définies, des caractères bien trempés qui ne laissent que peu de place pour la simulation, les discutions y sont souvent très animées, les sentiments exacerbés… Le soir où j’ai débarqué pour la première fois au bar de la Terrasse, dix minutes avant la fermeture en demandant une bière et :<<Quelle heure est il parce que je ne vois pas très bien la lune de là où je campe ? A ma droite, du monde, à ma gauche le groupe le plus ringard que j’ai jamais vu le jour de la fête de la musique. (Le genre petit blond décoloré chantant sur une bande-son pour mariage, petite blonde décolorée qu’aurait sans doute mieux fait de rester majorette). Je me suis dit que c’était sans doute le bar le plus bidon de la Lozère, mais pourtant en voyant la tête des patrons, le sourire jovial de l’un grand, blond et large, et la mine renfrognée de l’autre petit, mince, cheveux bruns rasés courts, je n’ai pu m’empêcher d’y retourner et j’ai eu raison car la première impression n’était pas la bonne, pour une fois. Ils se sont vite proposés pour mettre le scooter au milieu du bistro. Je me suis dit alors : Ces deux là, ils ont tout compris. Je me suis arrêté là car je n’avais pas le temps ou l’énergie d’écrire pendant l’étape suivante, maintenant j’ai pris la décision d’écrire un peu plus souvent car c’est plus facile, souvent cependant il n’y a pas assez d’heures dans la journée et aucun projet de loi n’est proposé depuis pour parer à ce problème majeur. Il vous faudra donc attendre pour connaître la suite de cette aventure. Je dirai simplement que pendant toute cette étape, qui dura six mois, je n’aurai, pour rien au monde voulut me trouver ailleurs que là où j’étais, au milieu des grandes Causses, avec tous mes amis et même parmi ceux que j’aimais moins. En levant les yeux sur Flore, tous ces bons souvenirs me reviennent en mémoire. A l’heure qu’il est mes deux grands amis, Christian et François qui tenaient le bar de la Terrasse ont changé d’affaire. En entendant Flore me dire ; << Tout ça me semble loin, une autre vie >> J’ai envie de lui dire : Pour moi c’est comme si c’était hier. Toi tu es en train de construire une nouvelle vie et tu t’es fait un nouveau chez toi, c’est normal que tout cela soit pour toi du passé. Mais en ce qui me concerne, ma maison c’est la route et cela c’est passé chez moi, il y a deux ans. Ne me range pas dans ton passé car je t’attendrai au carrefour de l’une d’entre elle… Mais je ne l’ai pas fait car cela fait partie des choses à écrire à une amie. La peinture, même si elle montre qui l’on est, il faut la donner comme une forme de liberté….. |
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